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29 janvier 2008
LA LIBERTE CONFISQUEE
UN MODESTE TEMOIGNAGE
C’était à Cléder il y a deux ans déjà !
Un monsieur de mon âge m’interpelle :
- « Moi aussi, j’ai été séquestré… Quand j’étais à l’Armée ! »
Je n’ai pas sollicité ses confidences mais, je vous assure, il était très, très ému et angoissé. Son histoire remontait aux années 60 : vous vous rendez compte ? Presque cinquante ans !
Je sais ce qu’il ressent (car on ne peut parler au passé mais au présent !) parce que beaucoup d’anciens soldats d’Algérie ressassent ce qu’on leur a fait ou fait faire !...
Moi ? Merci : « ma guerre d’Algérie » ne s’est pas mal passée, ne se passe pas trop mal !
Quoique…
A la suite d’une grève des soldats en décembre 1959, j’ai été, avec quatre de mes camarades, considéré comme l’un des meneurs, arrêté sur le champ, embarqué par la Sécurité, enfermé dans une « cage à fell » (entendez par là un cachot en béton et acier, complètement clos, où les prisonniers rebelles (les « felleghas ») attendaient leur tour.
C’est glacial l’hiver, à Alger : c’est comme ici. Et pas la moindre couverture !
Toute la nuit les interrogatoires se succèdent…
Nous n’avons pas été maltraités : deux jours plus tard, nous eûmes des couvertures et la nourriture en abondance… Les restes du commando de harkis !
Pas de coups, pas d’invectives : l’ « action psychologique » sans doute… Mais, comme disait l’un de mes camarades :
« Tu vois, dans le coin, le costaud, là : c’est lui le travailleur manuel ! Si tu ne parles pas, c’est lui qui te travaille ! »
A l’époque on parlait beaucoup de la « corvée de bois » dont semble avoir bénéficié l’intellectuel Maurice AUDIN : le suspect « tentait » de s’évader et était abattu d’un rafale dans le dos…
Et bien moi qui connaissais tout cela, j’ai eu la trouille ! Une trouille « bleue », viscérale, à « chier dans mon froc » : disparu dans une nuit de décembre pour mes camarades de la base aérienne, ma vie allait s’arrêter là ! Et mes parents, ma famille...
Et longtemps, longtemps, vingt ans peut-être, j’ai rêvé cet emprisonnement, le cauchemar venait me visiter et je me réveillais hébété, la gorge serrée.
Maintenant, non : je peux en parler, en plaisanter…
Mais ce monsieur de CLEDER, je vous assure, lui n’avait pas envie de plaisanter !
« La Liberté Confisquée », c’est celà : on disparaît de la vie sociale, on n’est plus qu’une ombre, un souvenir, et, pire, on a honte d’avoir eu peur, on se culpabilise et se punit soi-même en gardant gravé à jamais le souvenir de cette peur, de cette honte: suprême victoire de pouvoirs autoritaires pervers !
Et bien voilà : c’est ça que vivent, que ressentent les séquestrés, de quelque pays que ce soit, en mille fois pire et tellement, tellement longtemps qu’ils ne savent plus qu’ils sont encore en vie mais uniquement en SURVIE : chaque jour, chaque seconde, un instant de plus…
ET IL NOUS APPARTIENT, IL DEPEND DE NOUS TOUS QU’ILS SACHENT QU’ILS SONT TOUJOURS DES ETRES HUMAINS « UNIQUES ET INESPERES »
S.D
Comité "Ingrid Betancourt" Henvic - Morlaix
11:36 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







